Appel thématique n°5

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Coordination :
Manuel Boucher, Directeur Scientifique (HDR), Institut Régional du Travail Social-Institut du Développement Social Normandie (IRTS – IDS) / Centre d'Analyse et d'Intervention Sociologiques (CADIS - EHESS).

Notes - Références bibliographiques - Procédure d'évaluation des propositions de contribution

L'INTERVENTION SOCIALE COLLECTIVE ET COMMUNAUTAIRE : RÉALITÉS, ATOUTS ET LIMITES

Contexte

Cet appel à contributions fait suite à la conférence sur l’intervention sociale collective et communautaire organisée le 11 mars 2016 à Marseille1. En effet, en France, depuis maintenant plusieurs décennies, les populations des quartiers populaires2 sont particulièrement touchées par les inégalités socioéconomiques et la ségrégation socio-ethnique dont nous connaissons les effets destructeurs pour le lien social (Paugam, 2014). Cette situation persistante et l’actualité récente (menaces et actes terroristes) conduit, plus que jamais, la société française à s’interroger sur la nécessité de transformer son « modèle » d’intégration, modèle jusqu’ici caractérisé par un État-providence fort s’adressant prioritairement aux individus-citoyens (Schnapper, 1994) et reléguant au second plan les formes de solidarités communautaires. Or, aujourd’hui, dans un autre contexte lié notamment, au passage de l’État-providence à l’État social actif (Boucher & Belqasmi, 2014), la politique de la ville et, plus largement, les politiques sociales, plébiscitent désormais la participation des habitants et l’association des usagers. Avec la volonté affichée par les pouvoirs publics de promouvoir depuis quelques années la « participation », l’action sociale collective et l’intervention sociale communautaire (ISCC) auprès des populations des quartiers populaires (colloques, rapports officiels, expérimentations, etc.), nous constatons que les théories et les méthodes d’ISCC ont de nouveau le vent en poupe, tant dans le champ de l’intervention sociale que dans celui de la formation des travailleurs sociaux.

Au sein du champ de l’intervention sociale, le regain d’intérêt pour les approches participationnistes, collectives et communautaires fait l’objet de deux types d’interprétations (Carrel, 2013) : la première voit dans l’ISCC une forme « d’injonction participative » dont l’objectif prioritaire est de maintenir la paix sociale en renouvelant les modes de contrôle social des populations des quartiers populaires, tandis que la seconde y perçoit l’espoir de faire émerger un processus d’empowerment3es populations défavorisées, interprétant ces pratiques comme des vecteurs potentiels de leur émancipation ou affranchissement (Le Bossé, 2012) social et politique.

D’un point de vue théorique, à côté des précurseurs (Médard, 1969 ; Rupp, 1971) de l’étude de l’organisation communautaire4, on assiste à un renouveau des recherches françaises portant sur la « participation », l’ « empowerment » et le « community organizing » (Talpin & Sintomer, 2011 ; Talpin, 2016 ; Bacqué & Biewener, 2013 ; Balazard, 2015). Néanmoins, mises à part quelques rares enquêtes (Carrel, 2013 ; Talpin, 2015), ces recherches ne traitent pas du renouvellement de ces approches dans le champ de l’intervention sociale. Par ailleurs, elles ont souvent pour objet les pratiques d’organisation et de développement communautaires ayant cours outre-Atlantique. Ainsi, jusqu’ici, à l’exception de « recherches-action » portées par des collectifs militants de l’ISCC5, aucune enquête scientifique n’a envisagé de s’intéresser à un large panorama d’initiatives ayant cours en France et encore moins de les mettre en relief avec des configurations étrangères. Dès lors, il nous semble important de remédier à ce manque de connaissances. En effet, le renouveau de l’ISCC, en réactivant le débat sur les « fonctions » de l’intervention sociale, permet de renouveler les connaissances sur l’intervention sociale dans les quartiers populaires en tant que dispositif de régulation, voire de pacification sociale. Oscillant entre plusieurs approches - radicale, social-libérale et néo-libérale (Alinsky, 1971 ; Bacqué & Biewener, 2013 ; Calhoun et al., 2014 ; Immerwahr, 2015) - les perspectives de l’ISCC cristallisent un enjeu fondamental de refonte du « modèle » français de l’intégration et de la place de l’intervention sociale dans celui-ci.

Les objectifs de l'appel à contribution

Cet appel à communication a pour ambition d’étudier à quelles conditions l’intervention sociale collective et communautaire pourrait constituer une innovation sociale pensée, promue et enseignée en France. Il cherche, en effet, à répondre à une question centrale : en quoi les acteurs et les pratiques de l’ISCC contribuent à construire des capacités d’intégration sociale et de prévention des radicalisations dans les quartiers populaires contemporains ? Ainsi, ce colloque entend dépasser l’opposition idéal-typique entre deux interprétations théoriques et pratiques de l’ISCC, c’est-à-dire, entre l’ISCC comme « renouvellement de la police des subalternes » et l’ISCC comme « idéalisation de l’empowerment », en cherchant à identifier les conditions nécessaires au développement, dans le champ de l’intervention sociale, d’approches collectives et communautaires adaptées au contexte social, politique et culturel français. Autrement dit, il s’agit de dégager des modalités de l’ISCC en mesure de favoriser l’intégration sociale et la prévention des risques sociaux et civils dans les quartiers populaires (recul de la participation politique, repli, radicalisations violentes, etc.).

Dans la pratique, nous privilégierons des articles qui dressent un état des lieux des acteurs et des pratiques se réclamant de l’ISCC auprès des habitants des quartiers populaires français (promotion du pouvoir d’agir, de la participation, du community organizing, etc.) depuis leur émergence jusqu’à leurs développements les plus récents. L’objectif de cette orientation est notamment d’établir une typologie des différents acteurs et approches de l’ISCC présents dans les quartiers populaires, étudier les acteurs de l’ISCC et leurs pratiques (objectifs politiques et sociaux, filiations théoriques, méthodes et techniques de mobilisation, place des populations dans les processus participatifs, effets sur les habitants des quartiers populaires, etc.) ; de répertorier et d’analyser les « mondes » de la formation à l’ISCC (établissements de formation de travailleurs sociaux, entreprises de consulting auxquelles ont recours des collectivités locales, etc.) ; enfin, afin d’élargir le champ de l’analyse, qui procèdent à une mise en perspective internationale en posant la question de la spécificité des caractéristiques françaises de l’ISCC au regard de plusieurs configurations nationales, tant du point de vue de la place historique attribuée aux « communautés » (territoriales, ethniques, religieuses, etc.) dans le « modèle » d’intégration que de la structuration des rapports entre le travail social et l’État social.

Notestop

 1. Cette conférence intitulée « L’intervention sociale collective et communautaire. Réalités, atouts et limites » a été organisée le 11 mars 2016 à l’ESPE de Marseille par le Centre de recherche interinstitutionnel sur la transformation et l’intervention sociales (CRITIS) en partenariat avec les IRTS PACA-Corse, Languedoc-Roussillon, Aquitaine, IRTS-IDS Normandie, l’Association des chercheurs des organismes de la formation et de l’intervention sociales (ACOFIS) et le réseau « Normes, déviances et réactions sociales » de l’Association française de sociologie (AFS).

2. Nous entendons par « quartiers populaires », les territoires où vivent les classes populaires, c’est-à-dire « des personnes et des familles désignées par les représentants des classes dirigeantes et dominantes, dans un rapport Eux/Nous, comme étant des individus et des communautés appartenant à un groupe social et culturel spécifique, potentiellement turbulent, fauteur de troubles, voire dangereux pour l’ordre établi », Cf. Manuel Boucher, Sociologie des turbulences. Penser les désordres des inégalités, Paris, L’Harmattan, coll. Recherche et transformation sociale, 2015, p. 21.

3. Beaucoup utilisé par les acteurs se réclamant du Community Organizing qui opposent les « have not » à l’establishment,Marie-Hélène Bacqué souligne que l’empowerment « indique le processus par lequel une personne ou un groupe social acquiert les moyens de renforcer sa capacité d’action. L’empowerment articule deux dimensions, celle du pouvoir, qui constitue la racine du mot et celle du processus d’apprentissage pour y accéder. » (Bacqué, 2005, p. 54).

4. Selon Jean-François Médard, l’organisation communautaire est « une méthode de changement social planifiée au niveau local, qui repose sur la participation des habitants à leur propre changement » (Médard, 1969).

5. Notamment celles à l’initiative du collectif « Pouvoir d’agir » [http://pouvoirdagir.com] ou du « Séminaire pour la promotion de l’intervention sociale communautaire » [http://www.cnlaps.fr/CNLAPS/SPIsC/la-recherche-action-spisc].n>

Bibliographietop

Alinsky S., Rules for radicals; A pragmatic primer for realistic radicals, New York: Random House, 1971.
Bacqué M.-H. et Biewener C., L'empowerment, une pratique émancipatrice, Paris, La Découverte, coll. Politique et sociétés, 2013.
Balazard H., Agir en démocratie, Ivry-sur-Seine, Les éditions de l'atelier/Éditions ouvrières, 2015.
Boucher M., « Travail social, intervention sociale et pacification sociale. D'un projet d'intégration et de contrôle à une action d'émancipation ? », Recherches Sociologiques, 2004, vol. XXXV, n° 3, p. 137-151.
Boucher M., Sociologie des turbulences. Penser les désordres des inégalités, Paris, L'Harmattan, coll. Recherche et transformation sociale, 2015.
Boucher M. et Belqasmi M. (dir.), L'État social dans tous ses états, Paris, L'Harmattan, coll. Recherche et transformation sociale, 2014.
Boucher M. et Belqasmi M., « L'intervention sociale et la question ethnique. Entre ethnicisation, déprofessionnalisation et pacification », Hommes et Migrations, 2011, n° 1290, p. 22-32.
Calhoun A., Wilson M. G., Whitmore E., « Activist resistance in neoliberal times: stories from Canada », i Critical and Radical Social Work, 2014, vol. 2, n° 2, p. 141-158.
Carrel M., Faire participer les habitants ? Les quartiers d'habitat social entre injonction participative et empowerment, Lyon, ENS Éditions, coll. Gouvernements en question(s), 2013.
Castel R., La montée des incertitudes. Travail, protection, statut de l'individu, Paris, Seuil, coll. La couleur des idées, 2009.
Cousin O., Rui S., L'intervention sociologique. Histoire(s) et actualités d'une méthode, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2010.
Donzelot J., Wyvekens A., La magistrature sociale : enquêtes sur les politiques locales de sécurité, Paris, La Documentation française, coll. La sécurité aujourd'hui, 2004.
Immerwahr D., Thinking Small: The United States and the Lure of Community Development, Cambridge, Harvard University Press, 2015.
Le Bossé Y., Sortir de l'impuissance : invitation à soutenir le développement du pouvoir d'agir des personnes et des collectivités, Tome 1, Fondements et cadre conceptuel, Québec, Édition ARDIS, 2012.
Médard J.-F., Communauté locale et organisation communautaire aux États-Unis, Saint-Just-la-Pendue, Armand Colin/FNSP, coll. Cahiers de la Fondation Nationale des Sciences Politiques, 1969.
Paugam S. (dir.), L'intégration inégale. Force, fragilité et rupture des liens sociaux, Paris, PUF, coll. Le lien social, 2014.
Rupp M.-A., Le travail social communautaire, Toulouse, Édouard Privat, coll. Mésopé, 1971.
Schnapper D., La communauté des citoyens. Sur l'idée moderne de nation, Paris, Gallimard, coll. NRF Essais, 1994.
Talpin J., Community organizing, Paris, Raison d'agir, 2016.
Talpin J. et Sintomer Y. (dir.), La démocratie participative au-delà de la proximité. Le Poitou-Charentes et l'échelle régionale, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2011.
Touraine A., La voix et le regard, Paris, Seuil, coll. Sociologie permanente, 1978.
Touraine A., Le retour de l'acteur. Essai de sociologie, Paris, Arthème Fayard, 1984.

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Calendrier de l'appel à contributions

Les propositions d'articles sont à envoyer à Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. avant le 29 septembre 2016.
Les retours sont prévus pour le 30 novembre pour une publication dans le numéro de janvier 2017.

 

 

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