N°16 | Les professionnels de la déviance et de la délinquance : quels enjeux d’hybridation ? Pratiques des acteurs, lieux d’intervention et logiques professionnelles

Dossier

Jeunes métallos/jeunes des « cités » et les institutions d’encadrement dans l’histoire sociale des quartiers populaires urbains : rétrospective sur les métamorphoses d’un conflit permanent

Éric Marlière

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Il s’agit dans ce travail de réfléchir sur les continuités mais aussi les changements et les ruptures dans la nature des tensions entre les jeunes des classes populaires et les institutions dans un quartier de banlieue industrielle. La naissance des banlieues rouges, leur apogée puis leur décomposition ont eu des effets notables dans les rapports difficiles entretenus entre les habitants des quartiers populaires et les structures d’encadrement au XXe siècle. En effet, c’est tout d’abord les acteurs économiques comme l’usine avec qui les ouvriers sont confrontés en permanence. Puis, avec la désindustrialisation, c’est avec l’État que les générations post-ouvrières sont en conflit. Il est donc question de nous interroger sur le sens politique à donner au sujet de la nature de ses tensions.

English


This work reflects the continuities but also the changes and ruptures in the nature of the tensions between young people from working classes and the institutions in an industrial suburban district. The birth of the red suburbs, their heyday and then their decomposition had notable effects on the difficult relationships between the inhabitants of lower-income neighbourhoods and the supervisory structures in the 20th century. In fact, it was first and foremost economic players such as factories with whom the workers were constantly confronted. Then, since deindustrialisation, it is with the state that the post-worker generations have been in conflict. Hence the questioning on the political meaning to be given to the subject of the nature of its tensions.

 

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Mots-clés : sociohistoire, jeunesses populaires, conflits, institutions, mutations

Key words : sociohistory, popular youth, conflicts, institutions, changes

 


Plantop


Introduction

Un quartier de « banlieue rouge » en conflit politique
Un entre-deux-guerres agité et l’arrivée du Parti communiste
Années 60 : « Âge d’or du fordisme », effritement de la classe ouvrière et tensions avec la jeunesse ouvrière

Après l’acteur économique qu’est l’usine, l’État et les politiques de la ville comme accompagnement de la crise
Un quartier post-industriel et des enfants d’ouvriers désormais sans emploi
Les années 2010 : de nouvelles institutions en nouvelles déceptions ?

L’infrapolitique en question : résistance et défiance au quotidien avec les structures locales
Classes populaires d’antan et d’aujourd’hui et institutions d’ordre social : des relations conflictuelles
De l’infra-politique ordinaire aux contestations politiques feutrées ?

Conclusion

 

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Introduction

Cet article consiste à traiter du rapport conflictuel entre les jeunes ouvriers d’antan et/ou de « banlieue » actuels avec les institutions d’encadrements1. Il est question de revenir sur un ancien terrain ethnographique qui remonte à la fin des années 1990 et sur un travail de recherche sociohistorique qui concerne les périodes précédentes. Mais pour que cet écrit ait un intérêt nouveau, il s’agit aussi de proposer une réflexion plus approfondie sur la nature des tensions entre ces jeunes et les agents qui travaillent dans ses structures de proximité. C’est pourquoi nous souhaitons revenir sur une histoire plus longue en tenant compte des périodes précédentes, l’entre-deux-guerres et les « Trente Glorieuses ». Autrement dit, la sociohistoire pourrait nous permettre de comprendre les enjeux présents avec un éclairage du passé. Dans le sillage de Michel Foucault à travers une réflexion sur Nietzsche à propos de la généalogie historique (Foucault, 2001), le sociologue Robert Castel nous invite, par exemple, à penser le présent à travers « l’effort pour ressaisir le surgissement du plus contemporain en reconstruisant le système de transformation dont la société actuelle hérite » (Castel, 1995, p. 12). Pour ce qui nous intéresse ici, les tensions avec les institutions d’encadrements ont toujours existé sur le terrain étudié, mais les configurations et les enjeux ont sans aucun doute changé : hier, des jeunes ouvriers confrontés à l’usine et en interaction quotidienne avec les tenanciers de bistrots, aujourd’hui plutôt des jeunes de quartier en conflit avec l’État et « sa main gauche » à savoir les politiques de la ville, le champ de l’intervention sociale et ses acteurs. Il y a ainsi de la continuité dans les tensions entre classes ouvrières ou post-ouvrières avec les institutions, mais aussi des changements parmi les acteurs (ou protagonistes) et leurs représentations sociales. Ainsi, avec Robert Castel, nous pensons que des problèmes surgissent de manière inédite à un moment ou un autre, se répètent parfois et le plus souvent de différentes manières : « Une problématisation se noue à un moment donné de l’histoire et elle se déploie dans l’histoire, mais elle ne se répète pas. Elle se transforme. Comment périodiser ces transformations, marquer leurs principales scansions dans un parcours qui n’est pas linéaire ? » (Castel, 1997, p. 164). En d’autres termes, dans le contexte sociohistorique du quartier étudié, les tensions et les conflits avec les institutions et pouvoirs publics se reproduisent différemment : la problématique qui traite des conflits entre classes populaires et institutions est présente – selon différentes modalités ‒ tout au long de l’histoire sociale locale ; en revanche, ces tensions ont changé de forme et prennent un sens différent selon que l’on se trouve durant le développement ou bien à l’apogée du système social ouvrier et au cours de la période dite postindustrielle qui assiste non seulement au déclin de ce monde et qui voit une remise en cause en quelque sorte de la présence des générations post-ouvrières. Si nous assistons à un passage de relais à la fin de la période dite des Trente Glorieuses entre le monde économique et l’État dans l’encadrement des classes populaires urbaines, comme nous venons de l’affirmer plus haut, la prise en charge des classes populaires urbaines par les politiques publiques depuis les années 1970 s’est transformée à l’aune de l’impact réel des dogmes néo-libéraux qui affectent les moyens alloués aux acteurs de la régulation sociale dans leurs possibilités d’accompagner les individus en grandes difficultés.

Dans une première partie, nous reviendrons sur les tensions passées qui ont émaillé les rapports sociaux entre les ouvriers et les institutions économiques comme l’usine. Ensuite, nous aborderons la période post-industrielle où le jeune de cité a remplacé la figure du « métallo » de même que les politiques publiques au sens large se sont substituées aux acteurs économiques. Enfin, dans une troisième et dernière partie, nous tenterons de réfléchir sur une possible interprétation analytique au sujet de ces tensions récurrentes avec les institutions notamment si elles sont d’ordre infra-politique, politique voire métapolitique.

Un quartier de « banlieue rouge » en conflit politique  

Un entre-deux-guerres agité et l’arrivée du Parti communiste

Situé dans la proche banlieue de Paris, le quartier étudié a connu une métamorphose rapide, passant de l’ère agricole à la fin du XIXe siècle, à un quartier ouvrier et fortement industrialisé au milieu des années 1920. Ancien hameau maraîcher jusqu’au tout début du XXe siècle, ce quartier connaît un développement industriel conséquent au lendemain de la Première Guerre mondiale. À l’image de la ville qui voit l’installation de 44 entreprises entre 1921 et 1927, on observe ici l’établissement d’usines importantes comme celles de Chausson, de Citroën ou de Valentine. On constate aussi la construction des premiers logements sociaux qui permet aux ouvriers de la région parisienne de s’installer dans le quartier afin de pouvoir travailler dans les usines environnantes. La période de l’entre-deux-guerres marque un changement important d’un point de vue démographique (le nombre d’habitants est multiplié par trois) et sociologique (nous passons d’une population à dominante maraîchère et agricole à une population ouvrière composée de migrants de province pour plus de la moitié). De l’entre-deux-guerres à la période dite des Trente Glorieuses, nous pouvons affirmer à travers l’étude des recensements que ce quartier est un territoire ségrégué composé de 70% d’ouvriers et constitué à sa périphérie territoriale d’espaces industriels importants.

Cette période apparaît rétrospectivement comme un moment agité dans ce quartier. En effet, à l’aide des archives de police — les mains courantes portant sur les années 1938, 1939 et 1940 notamment — et de la presse locale représentée ici par les journaux concurrents de l’époque, L’Aube Sociale et Banlieue Ouest, nous avons pu reconstituer ce qui pouvait caractériser les déviances populaires locales à l’époque. Des travaux d’historiens témoignent également que les phénomènes de violence et de délinquance étaient très présents dans d’autres quartiers de la banlieue ouvrière du même type à l’époque ; présence de « caïds », prostitution, vols avec violence, règlements de compte sont les faits quotidiens qui rythment la vie sociale d’un quartier populaire de Levallois au début du XXe siècle, par exemple : « Les archives de police 1895-1914 nous montrent une jeunesse turbulente, des récidivistes, et toutes sortes de délits. On va de la contravention à l’homicide […] Une délinquance plus radicale apparaît en filigrane. On joue du couteau, voire du revolver pour dévaliser le passant nocturne… » (Gervaise, 1991, p. 124).

L’entre-deux-guerres marque ainsi la naissance des « banlieues rouges » (Fourcaut, 1986) avec ses usines et son rythme de travail infernal (Dewerpe, 1986), mais aussi à un mode de vie ouvrier rugueux et parfois violent. Des ouvriers le plus souvent contraints de se sédentariser en banlieue parisienne. Néanmoins, nous ne développerons pas davantage les questions relatives aux faits déviants et délinquants traités précédemment (Marlière, 2014b). Nous nous pencherons davantage sur les tensions entre la classe ouvrière et les institutions d’encadrement local. Tout d’abord avec le monde de l’usine. Un article du journal de gauche L’Aube sociale relate les tensions à la sortie d’une usine du quartier entre un groupe d’ouvriers et un contremaître : ce dernier est « admonesté par les ouvriers dans la rue »2. En raison des tendances progressistes qui animent ce journal, l’hebdomadaire laisse ainsi mesurer l’atmosphère tendue qui régnait à l’époque durant l’imposition du taylorisme « devant une direction toujours plus exigeante, les ouvriers mal payés sont excédés »3. L’année suivante, ce même journal relate une altercation entre un responsable de l’usine et des ouvriers en grève avant de voir la police disperser les travailleurs nombreux et escorter le cadre supérieur4. Le journal Banlieue Ouest – plutôt de droite ̶ commente, pour sa part, la prise d’otage d’un directeur d’usine après trois jours de barricade durant une période de licenciement important en raison des effets de la « crise de 29 »5. Ce même journal, deux ans plus tôt, parle aussi d’un contremaître coursé par quelques travailleurs « scélérats armés d’un bâton »6. Nous pouvons observer ici que les conflits entre la classe ouvrière du quartier composée d’hommes plutôt jeunes en provenance des campagnes françaises et les représentants de la direction des différentes usines du quartier sont donc récurrents. Les tensions avec la police ont pour origine le fait que cette dernière tente d’empêcher les blocages d’usine ou les prises d’otages qui sont courantes au début des années 1930. Des témoignages de personnes âgées parlant de barricade en 1936 ou d’une bagarre qui éclate avec les forces de l’ordre qui sont prises à parti ne sont pas rares7. Les journaux mobilisés à l’instant chacun à leur manière évoquent soit la brutalité policière complice des capitalistes pour L’Aube Sociale ou dénonce la « racaille ouvrière » pour Banlieue Ouest. Une dame âgée de 78 ans interrogée en 1996 évoque son grand stress lorsqu’elle parle de son père, mécanicien à l’usine Chausson, qui n’est pas rentré pendant trois jours à la maison parce qu’il avait occupé les barricades et a été emmené rapidement par les policiers pour être interrogé. La culture agonistique des classes populaires est donc vive à l’époque et à la moindre discorde avec des membres de l’encadrement ou de la direction, les ouvriers n’hésitent pas à user de la violence physique et collective. Parfois cela dégénère sérieusement lorsque la police s’en mêle.

Dans l’entre-deux-guerres, l’État interventionniste sur les questions sociales étant plutôt absent de l’espace public, les acteurs de la régulation et d’encadrement sont dans une certaine mesure les responsables des commerces de proximité, car situés au cœur du tissu social local. Par exemple, les tenanciers de bars et de bistrots pourraient en quelque sorte représenter les animateurs socioculturels de l’époque. Très nombreux aux abords des usines, les troquets représentaient les espaces de sociabilité masculins qui permettent de se retrouver et de discuter après de longues journées de travail. S’il ne s’agit pas directement de cercles bourgeois qui se développent avec l’apparition des cafés dans l’espace public au XIXe siècle (Agulhon, 1977), les retrouvailles entre camarades au troquet jonchant l’usine facilitent les rencontres pour parler de choses banales, mais aussi pour discuter et réfléchir de sa condition sociale et de se concerter en cas de tensions ou de grèves. Ainsi, à la sortie des usines, de nombreux ouvriers se rendaient dans les bistrots pour décompresser et parler avant de rentrer au foyer. Cependant, nous avons pu constater à travers la presse et les mains courantes des conflits et des rixes conséquentes, entre autres, d’une consommation abusive d’alcool ou d’histoires de mœurs qui tournent mal puisque certains débits de boissons offraient les services de prostituées. Le journal L’Aube Sociale relate l’agression d’une femme par un ouvrier devant un café : « celui-ci la frappe violemment »8. L’hebdomadaire laisse ainsi mesurer l’atmosphère de misère sociale qui existait à l’époque : « les ouvriers assommés par les cadences infernales s’enivrent d’alcool ce qui déclenche leur agressivité à cause du désespoir »9. L’année suivante, ce même journal relate une altercation entre un souteneur et un ouvrier qui entraîne l’hospitalisation du dernier10. Le journal Banlieue Ouest commente, pour sa part, une rixe au couteau entre deux individus d’origine marocaine et note, la même année, un règlement de compte au pistolet entre un mari et un amant dans un hôtel situé dans le secteur11. Les histoires de rancœurs et de mœurs trouvent souvent leur origine dans la sociabilité des cafés où frustrations et tensions sont à l’œuvre. Les mains courantes montrent de manière succincte, il est vrai, deux conflits majeurs qui ont opposé ouvriers et tenanciers : - une affaire de prostitution en 1938 dans un café du quartier ; une bagarre générale éclate entre le responsable d’un établissement et deux ouvriers pour un grief probablement dû à un excès de consommation d’alcool.

Les tensions avec les agents municipaux peuvent être de deux ordres : lors de fêtes populaires qui dégénèrent ou pendant les élections municipales lorsque celles-ci sont tendues. Pour les premières, les fêtes de fin d’année ou de la Saint-Jean sont l’occasion de beuveries entre maraîchers et ouvriers, mais lorsque des pugilats éclatent, les cantonniers et autres agents municipaux sont souvent aux premières loges. Les mains courantes et la presse locale L’Aube Sociale et Banlieue Ouest relatent les « embrouilles » populaires locales de l’époque. Nous avons constaté à travers la presse et les mains courantes, des rixes durant les bals et fêtes populaires. On note une altercation entre deux personnes qui se disputent pour danser avec une fille12. Des hommes armés s’invitent dans un bal populaire située à côté de la nouvelle poste, « ils cherchaient à en découdre avec un groupe d’hommes du quartier »13. Le journal Banlieue Ouest n’est pas avare non plus de faits de violence avec son vocabulaire particulier où il n’hésite pas à utiliser, on l’a vu, le terme de « racailles ouvrières »14. Mais celui-ci insiste davantage sur la volonté des ouvriers de se confronter à l’autorité qu’est la police ou les agents municipaux : « irrespectueux et bravant les interdits de l’alcool, certains ouvriers s’en prennent aux organisateurs de la mairie durant le bal qui précède le jour de l’An »15.

Les périodes d’élection qui voient la montée progressive du Parti communiste ne se sont pas effectuées sans heurts, notamment lorsque ce dernier arrive au pouvoir. Jusqu’en 1934, ce sont les notables locaux – propriétaires d’usine et de champs, médecins, etc. ̶ plutôt de centre droit, qui sont à la tête de la municipalité. Mais à partir du milieu des années 1920, le Bloc Ouvrier Paysan, un mouvement populaire tenu par un sexagénaire maraîcher, commence à émerger et inquiète de plus en plus de notables locaux. Des perquisitions policières ont lieu chez ce leader des classes populaires locales depuis qu’il a décidé de fusionner son groupe avec le parti communiste quelques semaines avant les élections de 1934. Lors de ses élections, des conflits éclatent entre « agents municipaux provocateurs à la solde des notables du parti ennemi du progrès »16 devant les « nervis des bolcheviks amassés devant les bureaux de vote pour intimider les citoyens et travailleurs »17. Si pour nos témoins octogénaires rencontrés dans les années 1990, les souvenirs de violences politiques sont épars et parcellaires, un interviewé se souvient encore enfant de l’élection d’un député communiste qui avait fait des dégâts dans le quartier où certains ouvriers étaient sortis avec des bâtons pour fêter la victoire. Nous n’avons pas retrouvé trace de cet événement, mais nous pouvons formuler l’hypothèse que notre interrogé fait allusion à l’élection législative où le député communiste Émile Dutilleul a été élu en 1936, député de la Seine, dans la 5e circonscription du département de Saint-Denis. Des tensions politiques locales très violentes opposant les notables, d’un côté, qui voient les « rouges » comme une menace étrangère bolchevique accentuée par l’idée d’une invasion démographique avec l’exode rural de jeunes paysans venus en région parisienne pour les usines et, de l’autre, des jeunes métallurgistes souhaitant défendre leurs conditions de travail et leur pouvoir d’achat devant la mise en place du taylorisme qui dégrade considérablement leurs conditions de travail (Noiriel, 1986). Si l’entre-deux-guerres est une période agitée dans ce quartier, que pouvons-nous dire de la suivante ?

Années 60 : « Âge d’or du fordisme », effritement de la classe ouvrière et tensions avec la jeunesse ouvrière

Au début des années 1960, les difficultés économiques se sont atténuées pour les ouvriers : le niveau de vie de la population française augmente rapidement et la « classe ouvrière » accède, certes un peu plus tard que les autres, à la consommation et à la « modernité » (Terrail, 1991). Cependant, malgré ces conditions de vie plus favorables, la présence de « bandes de jeunes » est vérifiée par des témoignages de résidents dans le quartier étudié :

« Je me rappelle à l’époque, y’a au moins trente ans, moi-même j’avais une vingtaine d’années, il y avait les potes de mon frangin qui faisaient les cons en bas… Comme quoi ce n’est pas nouveau, mais ça n’avait pas pris la même ampleur qu’aujourd’hui ! Quoique je me rappelle qu’il y avait deux types du quartier qui avaient fait de la prison. Ouais, mais eux c’étaient déjà des petits caïds ! » (66 ans, ancien locataire, fils d’immigré algérien né en Algérie, ouvrier à la retraite, vit à Paris aujourd’hui).

Dans le quartier ouvrier étudié, une cité de transit a vu le jour au début des années 1960. Des familles mixtes s’installent progressivement : le père souvent maghrébin et la mère, jeune femme issue d’un exode rural récent, composent les couples majoritaires de cette cité. En pleine période de croissance, ces familles apparaissent souvent précaires et détonnent avec la composition sociale ouvrière locale qui connaît une amélioration de ses conditions de vie. À la fin des années 1960, de nombreux jeunes de cette cité vont connaître des passages prolongés dans la délinquance – parfois le banditisme dans les années 70 – et feront partie des bandes locales. Excepté un petit nombre de « durs », il s’agit plutôt, pour cet interviewé, d’un regroupement de jeunes, signe du passage de l’adolescence à l’âge adulte dans l’attente de trouver du travail dans les usines situées à proximité. Les bandes de jeunes sont alors fréquentes dans les milieux populaires à l’époque. En effet, il suffit de se référer aux travaux de Copferman sur les « blousons noirs » pour se convaincre de l’existence d’une jeunesse populaire déviante dans les banlieues ouvrières (Copfermann, 2003). Les travaux ethnologiques de Jean Monod confirment également l’existence de bandes de jeunes dans des villes ouvrières voisines comme à Saint-Ouen, Saint-Denis ou à Bagnolet (Monod, 1968). En effet, à la fin des années 1960 et dans les années 1970, le quartier connaît des tensions entre groupes de jeunes : des conflits apparaissent avec des bandes de Saint-Ouen ou de Levallois. Certains jeunes de la cité de transit s’associent avec des jeunes de l’ancienne cité ouvrière pour faire face aux autres groupes, mais aussi pour contrer les forces de police. Parfois, le gardien de l’immeuble a fort à faire avec certains jeunes qui le rudoient, le prennent à parti ou le tournent en ridicule en lui volant ses clefs, ses produits d’entretien, ses tondeuses (pour les revendre). Des témoignages de quadragénaires dans les années 1990 énumèrent les tensions et conflits avec le gardien d’immeuble qui, à l’époque, ont encore un rapport « paternel » et autoritaire avec les jeunes. Mais à la fin des années 1960, on le constate, la nature des rapports sociaux générationnels se dégrade ou en tout cas change.  

Ce constat nous conduit en fait à montrer que le conflit de générations au sein de la classe ouvrière se durcit. Lorsqu’un apprenti rentrait à l’usine, il était formé de façon autoritaire et violente – une claque ou un coup de pied en cas d’erreur – mais gagnait sa place avec le temps (Dewerpe, op. cit.). Au début des années 1970, ce n’est plus évident, car certains jeunes se rebellent. Interrogeant un ex-jeune de la cité de transit, il m’explique qu’il est resté 15 jours à l’usine où il s’est embrouillé avec son « tuteur », son chef et les syndicats « en les envoyant tous balader » (Marlière, 2007a). En effet, dans les cités populaires du quartier, certains jeunes au début des années 1970 s’émancipent des codes culturels ouvriers, ce qui engendre des tensions avec les « anciens ». Des ouvriers, réputés durs au travail et imposants par leur physique, instauraient une présence physique et exigeaient une certaine tranquillité dans la cité. Mais quelques jeunes vont progressivement rentrer en conflit avec la génération précédente pourtant rompue aux méthodes viriles. Des conflits éclatent entre quinquagénaires et jeunes de plus en plus aguerris par les activités délinquantes qui commencent à perdurer chez certains.

  « Le monde des vieux paraît vieux et celui des jeunes semble  étranger, tant par les goûts musicaux, les modes vestimentaires que par la volonté d’échapper au contrôle serré des familles » (Dubet et Lapeyronnie, 1992, p. 124).

En effet, à la fin des années 1960, avec l’arrivée d’une « culture jeune »18, se creuse un « fossé symbolique » entre jeunes et adultes ouvriers, témoignant en quelque sorte d’un début d’érosion de classe. Mais nous constatons de manière empirique des modes de vie nouveaux où certains jeunes qui seront les quinquagénaires rencontrés sur notre terrain d’enquête trente ans ans plus tard, ont vécu en marge du monde du travail et ont mené une vie de rébellion et de trafic comme le montre l’autobiographie d’un jeune sexagénaire du quartier interrogé à la fin des années 2010 (Kokoreff et Grinbout, 2019).

Cette nouvelle culture jeune qui impacte aussi les jeunes des milieux populaires incite les pouvoirs publics à mettre en œuvre des Maisons des Jeunes (Besse, 2008). Mais à l’image de la nouvelle maltraitance des gardiens d’immeuble, certains animateurs de l’époque sont confrontés à la rudesse de quelques jeunes de la fin du monde ouvrier. Si les activités proposées ne plaisent pas, les jeunes adultes provocateurs n’hésitent pas à perturber les activités des animateurs. La Maison des Jeunes de la ville a été fermée à plusieurs reprises pour bagarres collectives ou faits de violence envers un adulte entre 1969 et 1976. Le maire communiste de l’époque se déplaçait en personne pour rudoyer les jeunes qu’il n’hésitait pas à traiter de « voyous » et de « bons à rien ». Des anecdotes de quinquagénaires alimentaient alors mes entretiens sur l’animatrice qui « baisait avec tout le monde » - peut-être probablement violée par certains « durs » au vu des silences embarrassants de mes interlocuteurs - ou l’animateur qui s’est fait voler sa moto par un autre enquêté rencontré sur mon terrain et qui dit s’être rangé depuis. D’autres anecdotes en lien avec les colonies de vacances de la ville ouvrière montrent que certains jeunes de la cité de transit ont cambriolé des maisons dans des villages de lieux perçus comme « bourgeois » durant les séjours de vacances. Nous sommes dès lors à la fin des Trente Glorieuses dans une période où la jeunesse ouvrière, même désœuvrée, peut encore trouver sa place même si cette dernière tergiverse : le monde ouvrier au début des années 1970 ne fait plus envie. Les films comme Borsalino et l’inspiration du milieu bellevillois de plus en plus fréquenté par quelques jeunes du quartier incitent ces derniers à vouloir s’extirper définitivement de la classe ouvrière. Le monde ouvrier est définitivement perçu par cette nouvelle génération comme aliénant. Mais les deux crises pétrolières et les mutations des modes de production vont sensiblement dégrader les conditions juvéniles à tel point que certains fils d’ouvriers ne pourront plus devenir ouvrier et peineront surtout à être salariés la décennie suivante.  

Après l’acteur économique qu’est l’usine, l’État et les politiques de la ville comme accompagnement de la crise  

Un quartier post-industriel et des enfants d’ouvriers désormais sans emploi  

Les années 1980 marquent un tournant, voire une rupture avec les deux époques précédentes, car elles mettent un terme au monde ouvrier et à son système social. La période se caractérise pour les enfants d’ouvriers se traduisant par du temps de chômage, de précarité et d’exclusion sociale. Ils s’apparentent en quelque sorte aux jeunes rencontrés par Jean-Charles Lagrée et François Dubet voici presque quarante ans, en pleine période de délitement des « banlieues rouges » et qu’ils associent l’un et l’autre au temps social du désœuvrement et de la « galère » (Lagrée et Lew-Fai, 1985 ; Dubet, 1987). Ces jeunes ont connu le lent déclin du monde ouvrier local et constituent la première génération d’ouvriers à prendre leur distance physique avec l’univers de l’usine en raison des fermetures d’entreprises ou de réductions drastiques des effectifs ouvriers (Maséra, Grason, 2004). Cette première génération de « jeunes de cité » - quatrième, rappelons-le, ouvrière de ce quartier - a vécu les métamorphoses du quartier, le délabrement de l’ancienne cité ouvrière et commence à subir les effets sociaux de la « crise ». Une partie d’entre eux ne pouvant aspirer aux « destins ouvriers », à la différence de leurs aînés, s’initie aux activités de petite délinquance (voire plus pour quelques-uns) et marque le passage d’une délinquance d’acquisition (coutumière parmi les jeunes des classes populaires) à celle de l’exclusion. Mais ce qui marquera davantage les transformations des modes de vie des jeunes des cités c’est l’arrivée de la drogue dure dans les « quartiers populaires » au début des années 1980 (Kokoreffet al., 2018), qui va accentuer et élargir les processus de carrière dans la délinquance au fur et à mesure que s’installent le chômage et la précarité (Mauger, 2006 ; Mucchielli et Le Goaziou, 2009). Ce vécu commun structuré autour de la délinquance et de la marginalité a également eu des conséquences sur les modes de vie d’une partie de ces jeunes : arrestations policières spectaculaires et violentes en passant par des faits de violences, morts violentes et morts prématurés, passages dans des hôpitaux psychiatriques et dépressions à répétition. En effet cette première génération de « jeunes de cités » a été confrontée au racisme et aux difficultés de rapports avec les institutions, en particulier la police. Mais surtout aux conséquences de l’économie informelle provoquée par le trafic de drogue et ses effets psychiques et sociaux.

Les agents d’encadrement comme les éducateurs ont fort à faire ici. Entre grande délinquance, jeunes en galère et adolescents en colère, les éducateurs sont confrontés à un espace parfois hostile avec certains jeunes qui n’attendent rien d’eux. De plus, les conditions de travail des travailleurs sociaux se dégradent très rapidement au tournant des années 1990 dans la mesure où les politiques néo-libérales se font sentir dans les moyens d’agir au quotidien. Et c’est autant plus dommageable, car les tensions se durcissent entre certains jeunes et les institutions d’encadrement d’une manière générale (Boucher, 2003). Les acteurs de la régulation sociale peinent dans la ville à contrôler les agissements de certains jeunes voyous devenus incontrôlables dans certains contextes de prises de drogue et d’alcool. Mais surtout le climat de défiance politique devient persistant avec une majorité de jeunes confrontés aux difficultés économiques et à l’« impuissance » des pouvoirs publics. Ainsi, nous avons pu assister à des tensions entre jeunes adultes et travailleurs sociaux menant une ronde dans le quartier. Bien entendu, tous les jeunes des quartiers ne sont pas hostiles aux éducateurs, mais certains adolescents en conflits peuvent se montrer agressifs envers une profession qui les questionne au quotidien sans qu’ils puissent agir directement sur les contraintes que rencontrent certains jeunes. La méfiance était telle dans ce quartier que les éducateurs sont perçus par certains comme des agents de renseignements, d’où une certaine défiance à leur égard (Marlière, 2003, p. 33-37).

Quelque vingt ans plus tard, au milieu des années 2000, la situation ne s’est pas véritablement améliorée pour la jeunesse des « quartiers populaires ». Certes, il ne s’agit pas des mêmes jeunes – ils sont parfois les petits frères ou bien parfois les enfants – mais ils sont issus du même milieu social et surtout des mêmes quartiers. Entre temps, se sont écoulées vingt années où se sont accentuées les phénomènes d’exclusion qui ont émergé à la fin des années 1970. En effet, cette deuxième génération de « jeunes de cités » qui correspond à la cinquième génération d’ouvriers (dans le quartier étudié) a grandi dans un contexte socioéconomique dégradé, tant sur le plan des conditions d’existence que sur les formes de socialisation (Amrani et Beaud, 2004). Pour les jeunes sans diplôme, la situation se révèle d’autant plus catastrophique que si dans les années 1980, les institutions essayaient d’insérer le jeune dans le monde du travail, dans les années 2000, la tâche des professionnels consiste à lutter contre les processus de « désaffiliation » plus prononcés, conjugués aux effets répétés des discriminations ordinaires (Castel, 2007). Outre les phénomènes de délinquances, d’extranéité et d’exclusion qui entachaient la génération de la « galère » dans les années 1980, les manifestations de l’ « intégrisme » musulman, de l’escalade de la violence interpersonnelle et surtout des « émeutes urbaines » ont diabolisé davantage l’image des « jeunes des quartiers » d’aujourd’hui (Kokoreff, 2008). À partir du début des années 2000 ce constat a conduit progressivement à des tensions entre certains jeunes étudiants des quartiers populaires et les notables locaux élus de la mairie (Masclet, 2003) dans un contexte où les jeunes sont devenus la principale source de l’« insécurité » conséquence de la dépolitisation de la question sociale et de la désindustrialisation locale (Boucher, 2004). Dans cette situation, sur le terrain, nous assistons à l’émergence d’un discours anti-institutionnel et contestataire à l’égard de l’État, des hommes politiques, des médias, des valeurs de la société républicaine appréhendée comme corrompue et hypocrite (Marlière, 2008a). Au quotidien, le désenchantement à l’égard de l’école ou du monde du travail pour les plus âgés ont construit des jeunes adultes revanchards à l’égard d’une société qui n’a pas, selon eux, tenu ses promesses. C’est pourquoi, au début des années 2000 la méfiance envers les travailleurs sociaux est générale : ainsi, les animateurs sont appréhendés comme des relais d’une municipalité communiste hostile à certains « jeunes des cités », les éducateurs sont vus comme des délateurs et, enfin, pour les plus de 25 ans, les fonctionnaires du pôle emploi comme des individus dont la tâche est de les radier en leur proposant des emplois peu gratifiants et mal rémunérés (Marlière, 2007b).

Les années 2010 : de nouvelles institutions en nouvelles déceptions ?

Quel que soit la ville ou le contexte local, la demande d’islam est apparue timidement dans les années 1990. Elle se fera de façon plus insistante dans la décennie suivante malgré, il est vrai au départ, les résistances des municipalités, de gauche comme de droite (Torrekens, 2020). Si les communes de gauche sont certes plus « ouvertes » que celles de droite, il faudra attendre le début des années 2000 dans l’ancienne ville ouvrière toujours communiste pour qu’un accord soit signé pour l’édifice d’une mosquée digne de ce nom. L’émergence d’institutions religieuses renforce, dans certains cas, des formes de contrôle social traditionnel à l’égard des populations et, pour d’autres, propose une alternative « morale » à des parcours individuels parfois chaotiques (Khosrokhavar, 1997). Mais la demande d’islam n’est pas uniquement le fait des jeunes : les parents et grands-parents arrivés avant eux souhaitent établir des mosquées afin de structurer et institutionnaliser à la fois une croyance traditionnelle, mais permettre aussi une reconnaissance dans l’espace public d’une communauté de travailleurs en France qu’est la communauté musulmane. Ainsi la demande d’islam (Kapko, 2007) se concrétise vers la fin des années 2000 par la construction d’une grande mosquée - à la place en partie de l’usine Chausson – qui va jouer un rôle important à l’avenir dans les affaires cultuelles, mais aussi culturelles locales. Au milieu des années 2010, l’association qui gère la mosquée au-delà de la gestion des tâches spirituelles et religieuses, donne des cours d’arabe, organise des conférences, propose de l’aide aux devoirs jusqu’aux élèves de terminale, prépare des forums à l’emploi et parfois, « en situation de crise » avec des jeunes, met en œuvre des débats avec les élus et les responsables associatifs. Ces nouvelles missions questionnent sur la mise en concurrence entre le champ de l’intervention sociale et la présence d’une association religieuse qui agit sur un ancien territoire ouvrier où certes beaucoup de musulmans y vivent (Arslan et Marlière, 2014a)   

Toutefois, la nouvelle mosquée devient paradoxalement l’objet de critiques acerbes de certains musulmans, voire de certains militants très hostiles envers la municipalité. Il semblerait que la présence de ses mosquées « officielles » rend du coup moins visibles les mouvements populaires ou les associations de quartier qui œuvraient pour la mémoire et les luttes sociales des quartiers. Ses nouvelles structures concédées par le(s) pouvoir(s) permettent certes une reconnaissance de l’islam mais sont sujettes le plus souvent aux « compromissions » qui témoignent d’un nouveau contrôle social et surtout politique. En effet, loin d’être des acteurs institutionnels permettant l’émancipation des habitants des quartiers populaires, même si elles répondent à un besoin religieux essentiel pour beaucoup de croyants, ces mosquées n’accompagnent pas les revendications politiques, sociales et de justice pourtant primordiales pour un grand nombre d’habitants des « quartiers » : en effet, ses nouvelles structures ne sont pas là pour résoudre les difficultés socio-économiques rencontrées par une partie des habitants des quartiers populaires. Bien au contraire, les imams se félicitent très souvent de travailler avec les municipalités au pouvoir, quelle que soit la couleur politique et/ou idéologique. Ils font également l’éloge à travers la reprise des discours néo-libéraux de la réussite individuelle du musulman qui fait des études ou qui a une bonne situation professionnelle. Le modèle du « musulman républicain » est constant dans les rothba (prêches) du vendredi chez les imams. L’intégration socio-économique est souvent mise en avant car le musulman doit réussir sa vie professionnelle et devenir un citoyen exemple pour les autres.

Le président de la mosquée du quartier est souvent en conflits avec certains fidèles. Tantôt accusé de corruption, tantôt suspecté de collaborer avec la préfecture, mais aussi d’être perçu comme le bras droit du Maire de la ville, le président de l'association est mal perçu par certains fidèles qui préfèrent plutôt prier dans des petites salles du quartier se situant dans les foyers pour travailleurs. Si les travailleurs sociaux ont moins de moyens logistiques pour opérer dans le quartier et sont plus ou moins sous l’emprise des élus locaux, il est demandé paradoxalement à des responsables de culte musulman d’encadrer une partie des jeunes en grande difficulté. Très malaisé pour agir dans ce domaine, le président de la mosquée ne peut guère entrer en conflit avec les élus locaux et surtout la préfecture et essaie donc tant bien que mal d’animer des forums pour l’emploi ou de mener des réunions avec les principaux des collèges et des lycées voisins.

« Honnêtement, ce n’est pas mon rôle ! D’un côté, on nous parle de République et de neutralité ! De l’autre, on vient me chercher et on me dit de « faire si » ou de « faire ça »… C’est un lieu de culte, pas un service jeunesse ! » (55 ans, titulaire d’un Master 2 en sciences humaines, marié, deux enfants, d’origine marocaine, président de la mosquée).

Propulsé nouvel acteur de la régulation sociale des difficultés économiques rencontrées par une partie des citoyens des quartiers populaires considérés désormais comme musulmans, ce président de mosquée relativement agacé dans cet extrait d’entretien est soumis à des injonctions contradictoires. Déjà en difficulté auprès de certains fidèles puisque ce dernier est ainsi soupçonné d’être non seulement proche du Maire et de l’équipe municipale, mais aussi de la préfecture avec le pouvoir qui lui est conféré19. En 2013, certains jeunes souhaitent renverser le président et son bureau : bon nombre de jeunes adultes ne voient pas d’un bon œil la présence de certains membres de la municipalité dans le conseil d’administration de l’association qui gère le culte. Ainsi, une tentative de « coup d’État » a eu lieu en plein conseil d’administration : certains jeunes ont été convoqués en préfecture quelques jours après. Mais l’été suivant, au Maroc, deux jeunes adultes ayant participé à cette tentative de renversement se sont fait arrêter par la douane marocaine et admonester par les autorités locales.

« Le président est non seulement proche du préfet, mais aussi du maire. Mais il est aussi protégé par les autorités marocaines. C’est un fait ! En vérité tout est sous contrôle ! » (38 ans, informaticien, parents d’origine marocaine, marié, un enfant).

Pour notre interviewé qui a subi à la fois les sermons de la préfecture mais aussi des autorités marocaines est désormais en bon terme avec le président : c’est lui qui fait l’appel à la prière le vendredi. Mais il s’est plutôt fait des frayeurs et son « expérience » montre que la direction de ses mosquées est ben verrouillée par les différents pouvoirs en place. Dans la mosquée d’une ville voisine, nous avons également entendu des tentatives de renversement des responsables associatifs et les issues politiques se sont terminées à peu près de la même façon. Ainsi, la confiance entre certains fidèles et les dirigeants de la mosquée est désormais entamée depuis un certain nombre d’années.

L’autre institution nouvelle serait pour le dire ainsi la vidéosurveillance. À la fin des années 2010, les jeunes rencontrés il y a vingt ans sont pour beaucoup mariés et pour la grande majorité salariés. Le quartier semble beaucoup plus calme que les décennies précédentes. Si nous observons la présence des jeunes, ces derniers occupent un espace limité dans un parc pour trafiquer un peu et boire de l’alcool. Les autres jeunes vont plutôt à la mosquée ou ne fréquentent pas vraiment le quartier comme les générations précédentes. L’influence du Grand Paris se fait quelque peu ressentir désormais et cet ancien quartier de banlieue rouge grouillant d’ouvriers encore dans les années 1980 paraît définitivement aseptisé avec l’arrivée des activités tertiaires et de bureau. Et très récemment, en 2020, la municipalité a décidé de restructurer le parc en élaguant les buissons et autres taillis pour y installer des caméras de surveillance : les rares jeunes présents dans le quartier se sont recroquevillés dans des aires encore plus discrètes, la vidéosurveillance ayant un effet dissuasif sur les actes de déviance et de deal. Dans d’autres quartiers, nous avons parfois assisté à des actes de vandalisme avec les caméras installées à proximité, mais les rapports avec ses nouveaux « agents d’encadrement », si l’on peut dire, sont en quelque sorte limités : évitement total, discrétion ou bien tentative, lors de soirs de beuveries et de colères, de destruction de ces nouveaux matériaux de surveillance qui imposent une contrainte nouvelle dans les modes de vie de cette troisième génération post-ouvrière (la sixième depuis l’arrivée des métallos dans les années 1920).   

L’infrapolitique en question : résistance et défiance au quotidien avec les structures locales

Classes populaires d’antan et d’aujourd’hui et institutions d’ordre social : des relations conflictuelles

Au début des années 1990, après une décennie de tumultes avec la police, de précarisation montante avec la fermeture des usines du quartier et les conséquences ravageuses de la drogue, les trentenaires, les jeunes adultes et les adolescents révèlent des attitudes cyniques à l’égard des institutions de proximité. Les rébellions, incivilités et autres provocations qui se déroulent dans le quartier à cette époque – il y a environ trente ans maintenant – rappellent l’attitude défiante des jeunes, urbains ou paysans, dans l’Ancien Régime à l’encontre de la monarchie et de ses privilèges. En effet l’historien Jean Nicolas montre l’agacement des nouvelles générations dans les années 1750-1760 pour un « système bloqué » à travers des rébellions et des tensions avec les autorités du Roi et du parlement (Nicolas, 2008, p. 435-530). Si comparaison n’est pas raison, les descriptions effectuées par l’historien au sujet d’un mendiant rappelle des scènes observées dans ce quartier dans les années 1990 : « La foule s’agglutine, curieuse, finalement très disposée à soutenir la victime (…) tout d’un coup la police apparaît comme l’instrument d’une insupportable tyrannie » (ibid.., p. 534). Nous pouvons faire un parallèle avec les révoltes urbaines déclenchées par la présence des policiers venus chercher un trafiquant dans une cité populaire de Sochaux-Montbéliard au début des années 1990 (Beaud et Pialoux, 2003). Ainsi, dans le quartier étudié, nous avons assisté à des scènes semblables à la fin des années 1980 comme le blocage d’une cité voisine par une vingtaine de cars de CRS venus arrêter des « braqueurs » et récupérer un ensemble de motos et de scooters volés dans les caves (Marlière, 2014a) : la résistance de certains locataires invectivant les forces de l’ordre et lançant des ustensiles de cuisine, des cailloux ou des pommes de terre via les balcons démontre déjà le fort rejet des forces de l’ordre représentant un ordre social perçu comme inique.  

Une décennie plus tard, en tant que sociologue sur le terrain, les représentations sociales des jeunes adultes après une génération confrontée aux discriminations ordinaires et aux déterminismes sociaux manifestent au mieux un désintérêt pour les questions politiques, au pire un dégoût. Durant l’enquête, pendant un certain nombre d’années, nous avons suivi et écouté les différents groupes de jeunes en pénétrant dans les « coulisses » (Goffman, 1973) afin d’accéder aux « textes cachés » (Scott, 2008). Au début des années 2000, la méfiance envers les institutions s’est généralisée à l’égard des institutions d’encadrement à tel point que chez les jeunes, quels que soient les parcours, certaines structures en lien avec la municipalité trament une forme nouvelle de contrôle territorial corrélative avec la montée du prix de l’immobilier pour dégager les familles immigrées à problème (Marlière, 2001). La situation politique est assez critique au début des années 2000, moment où je conduis l’enquête, car les discours antisystèmes sont légion parmi les jeunes, quels que soient les parcours (Marlière, 2008a, op. cit.).

De l’infra-politique ordinaire aux contestations politiques feutrées ?

Dans nos précédents travaux, nous avons interrogé des jeunes adultes et des quadragénaires des « quartiers » et, dans la majorité des entretiens, nous avons constaté l’existence d’un fort sentiment d’injustice à l’encontre des institutions et du politique comme s’il résidait une sorte d’économie morale spécifique centrée sur l’iniquité des institutions (Marlière, 2018). En effet, les mobilisations des adolescents et des jeunes adultes des cités populaires urbaines sont, dans la plupart des cas, les révoltes urbaines, les différentes formes d’« incivilité » ou de provocations à l’encontre d’agents représentant les institutions, les esquives devant la police ou « les fuites en avant » devant les structures où l’on doit rendre des comptes (Marlière, 2019a). De plus, les différentes configurations constatées de radicalisations politiques (religieuses, anti-institutionnelles, « complotistes », délinquances crapuleuses, etc.) ou encore les multiples formes de dépressions (repli sur soi, évitement du monde du travail, etc.) sont les conséquences d’une histoire sociale et post-migratoire complexe et conflictuelle (Hajjat, 2008). Ses différentes manifestations que nous pouvons qualifier d’infra-politiques sont des réponses face aux mépris systémiques des institutions et peuvent même s’accentuer en fonction des cycles économiques ou devant l’accentuation des formes de répression étatiques selon les périodes.

Et si l’on suit certains auteurs, l’infra-politique n’est pas forcément la notion adéquate pour décrire ses formes de résistance au quotidien. Introduite et développée en France par le sociologue Denis Merklen, la notion de politicité peut également nous permettre de réfléchir sur la notion des revendications des classes populaires urbaines. La politicité apparaît ici comme un néologisme susceptible de proposer une alternative réflexive à nos questionnements. Elle ouvre une perspective nouvelle, celle de conférer à ces phénomènes extrêmes que sont les révoltes urbaines une dimension indéniablement politique. Autrement dit, cette perspective peut apporter sur le plan heuristique un éclairage supplémentaire : en effet, l’auteur propose de décliner cette notion de politicité selon trois registres distincts, mais complémentaires : 1/ la survie ; 2/ le fait de protester ; 3/ l’action partisane (Merklen, 2009, p. 23). Si Denis Merklen note un changement dans les rapports des classes populaires vis-à-vis des élites disqualifiées à leurs yeux, les classes populaires élaborent de nouvelles formes de représentations politiques et symboliques, le plus souvent dans une radicalité plus prononcée (Merklen, 2009, p. 57-73). À l’instar d’Alain Bertho pour qui la dégradation des conditions de vie des classes populaires se manifesterait depuis plus de trente ans par le passage récurrent aux émeutes parmi la jeunesse populaire urbaine et que le dialogue est devenu inutile avec les autorités d’où le passage systématique à la violence comme résolution désormais métapolitique aux tensions résiduelles (Bertho, 2009), Denis Merklen pense que « le mouvement social et la politicité des classes populaires sont entièrement marqués par une tension fondamentale entre la lutte pour la survie et la lutte pour l’intégration » (Merklen, 2009, op. cit.). Or, pour l’auteur, les questions relatives à la survie et à l’intégration économique sont en jeu, d’où le besoin de trouver des stratégies plus énergiques à travers une organisation politique plus cohérente, un antagonisme plus efficace pour accéder aux biens et aux services et ainsi donner un sens aux luttes symboliques (Merklen, ibid., p. 219). Quoi qu’il en soit de ces différentes formes de déviances ou de résistances politiques, nous assistons désormais depuis trente ans à des formes de « turbulences » (Boucher, 2007) qui dégradent fortement les rapports sociaux entre les jeunes et les institutions. Les travailleurs sociaux et les acteurs de régulations sociales sont désormais en première ligne pour tenter de résoudre les tensions. S’il est bien difficile de conclure ici, l’abstention importante des jeunes et trentenaires aux différentes actions révèle une grande distance à l’égard du politique, une abstention revendiquée donc bien loin d’être dépolitisée puisque certains jeunes adultes développent des résistances par d’autres moyens.

Cette question de l’élection est loin d’être anodine dans la mesure où des recherches récentes ont montré récemment des formes d’hostilité de la part des politiques envers les habitants des quartiers populaires urbains surtout lorsque ses derniers souhaitent s’investir de manière autonome en politique ou dans le monde associatif (Talpin, 2020) ou bien lorsqu’ils prennent des distances avec des normes instituées par les collectivités locales dans leurs modes de vie et de survie (Collectif Rosa Bonheur, 2019). Autrement dit, face aux différents blocages politiques exercés par les autorités locales ou étatiques, seules les formes de violences physiques, « émeutières » ou verbales à l’encontre d’agents d’institutions d’encadrement sont possibles. Les agents d’encadrement confrontés à des incivilités ou à des formes de provocations ont le plus souvent à encadrer des demandes économiques, sociales ou de reconnaissances identitaires qui sont le plus souvent politiques. Les habitants des « quartiers » ne peuvent accéder aux canaux institutionnels de l’espace public instrumentalisé par les intérêts privés de la bourgeoisie revendiqués « comme défense de l’intérêt général »20 (Habermas, 1978, p. 208), car ses derniers sont maîtrisés par les classes moyennes plutôt aisées qui occupent les postes stratégiques en politique municipale et dans les structures associatives locales. Quelle que soit la couleur politique de la municipalité, ses classes moyennes investissent les postes stratégiques des différentes structures en place. De plus, si le manque de moyens alloués aux travailleurs sociaux est désormais une évidence, nous constatons depuis les années 2000 un changement de paradigme dans la façon de réguler l’espace public et d’encadrer la jeunesse populaire. La question sécuritaire l’emporte sur les conditions sociales et le fait d’être jeune dans un quartier populaire peut désormais constituer un délit pour beaucoup d’acteurs comme la police ou la justice (Coutant, 2005). En effet, les « jeunes des cités », chez une majorité d’élus et/ou de responsables institutionnels, sont devenus la principale source de l’« insécurité » dans l’espace public, conséquence de la dépolitisation de la question sociale et de la désindustrialisation locale, phénomènes sur lesquels les politiques peinent à agir de manière concrète (Boucher, 2004).

Dans ce quartier, le parti communiste toujours en place à l’époque de l’enquête n’est plus envisagé comme le mouvement politique qui représente, pour beaucoup de jeunes, leurs intérêts et leur avenir (Marlière, 2008b). D’ailleurs, la maire adjointe de l’époque va mener une politique à la fois de municipalisation des associations de quartiers et donc de contrôle des associations, de destructions des formes de vie populaire en réduisant les bistrots d’usine repris depuis les années 1990 par des Maghrébins et en développant un urbanisme défensif pour éviter le regroupement des jeunes. Cette politique s’est poursuivie vingt ans plus tard avec l’installation de la vidéosurveillance et en éliminant des bancs collectifs remplacés par des chaises individuelles disposées de manière éparse. Ainsi, l’espace public territorial qui apparaissait comme une des dernières ressources des générations post-ouvrières qui peinent à accéder aux marchés de l’emploi devient lui-même de plus en plus inaccessible pour les jeunes de classes populaires disposant de faibles capitaux et ressources. La crise récente de la Covid 19 a bien entendu renforcé cette tendance puisque certains jeunes des « quartiers » se sont vus privés d’espace résidentiel durant deux mois et demi au printemps 2020 (Marlière, 2019b). La désertification du territoire de la cité s’est trouvée amplifiée au cours de l’année 2020 questionnant les usages des modes de vie des classes populaires en générale et celui d’un ancien quartier ouvrier où la présence des ouvriers et de leurs bleus de travail rythmait l’espace public à travers la cadence infernale imposée par les usines il y a encore quarante ans. 

Conclusion

L’histoire longue nous a permis de comprendre l’existence de tensions permanentes entre les métallurgistes d’abord, les ouvriers ensuite et les jeunes de cité enfin, avec les institutions d’encadrement ou de proximité. Ces tensions sont le plus souvent d’ordre socioéconomique, occupation d’usine ou séquestration de contremaître par les ouvriers ou harcèlement de travailleurs sociaux par des jeunes, car les agents qui représentent ces institutions ne doivent leur légitimité dans le quartier qu’à travers des aides financières ou symboliques concrètes. La question sociale est toujours présente dans les revendications des jeunes en termes d’accession à l’emploi, au logement ou en termes de demande de formation valorisante. Bien entendu, les enjeux culturels se sont transformés : hier, davantage communiste et souhaitant accéder aux congés payés et aux biens de consommation dans un élan égalitariste, aujourd’hui davantage culturel et religieux, mais toujours social, car les jeunes du quartier désirent s’intégrer dans la société comme les classes moyennes, mais avec des spécificités culturelles. Néanmoins le rôle des classes populaires aujourd’hui dans la production économique est certainement moins essentiel et prépondérant qu’ils ne l’étaient dans les décennies précédentes.

Autrement dit, la perception varie entre les ouvriers de naguère et les jeunes des cités d’aujourd’hui : même à l’encontre de l’ordre social, le métallurgiste des « banlieues rouges » d’avant-guerre représentait, malgré son caractère de dangerosité politique qu’il inspirait à la bourgeoisie parisienne, car repéré comme bolchevik et violent, incarnait malgré tout l’avenir de la société industrielle alors que les « jeunes de cités » sont perçus comme source de menace islamiste et terroriste pour le devenir d’une société où règne incertitude, concurrence et suspicion. En cela, ces jeunes dits de cité forment la nouvelle « classe dangereuse » dans la société dite post-industrielle en proie à l’incertitude économique, à la crise sociale et à la crispation identitaire. C’est pourquoi les problématiques relatives à la « déviance » ‒ violences, vols, délits en tous genres, etc. – nous interrogent dès lors sur le rôle que peuvent jouer, dans les possibilités de résistance sociale, ces classes populaires très souvent malmenées par les conjonctures économiques et les institutions. Ainsi, certaines revendications ne peuvent se négocier qu’en termes de rapports de force : du « métallo » en colère contre ses conditions de travail et de vie aux « jeunes des cités » exaspérés par les « discriminations » au quotidien, les banlieues populaires et/ou ouvrières ont toujours été le théâtre de révoltes sociales traduites en insurrections urbaines. Sauf qu’à l’époque, la bourgeoisie pouvait exploiter la classe ouvrière dans ses usines et des interactions à travers un ensemble de médiation politique susceptible d’exister entre ces deux classes malgré les conflits et les violences alors que le monde économique a déserté les « quartiers » depuis la fin des années 1970 et c’est l’État désormais à travers les politiques de la ville et le champ de l’intervention social qui a pris le relais. Et cette situation renvoie en quelque sorte à une forme d’assistanat collectif chez ses nouvelles générations post-ouvrières rendant leur doléance politique et leur révolte désormais intolérable et inaudible pour l’opinion publique.

C’est pourquoi la question du politique, mais aussi de l’infra-politique, voire du métapolitique avec la confrontation violente quotidienne est donc questionnée au sein des quartiers populaires urbains au fur et à mesure que les contradictions du système démocratique avec son cortège d’injustice apparaissent de plus en plus flagrantes aux yeux des personnes rencontrées sur nos terrains. Les particularités culturelles de beaucoup de ces jeunes - origine maghrébine ou d’Afrique noire, revendiquant l’islam pour la plupart, exigeant à la fois réparation pour le passé colonial français et remettant en cause le pacte républicain en raison des discriminations subies au quotidien – renforcent à coup sûr l’aspect insupportable de leurs contestations ordinaires. En effet, de nombreux jeunes rencontrés se sentent isolés dans leurs revendications, le plus souvent incompris, pour ne pas dire méprisés. Les relais politiques et médiatiques ne sont pas au rendez-vous ce qui renforce les crispations identitaires des jeunes rencontrés récemment sur ce terrain. Les travailleurs sociaux et autres acteurs de la régulation sociale confrontés à la fois aux dégradations de leur condition de travail, mais aussi à un changement de paradigme vers le sécuritaire peinent tant bien que mal à maintenir un semblant de cohésion sociale dans les « quartiers ». Si le cynisme animait la génération précédente des jeunes évoluant dans les cités populaires urbaines avec les conséquences que nous connaissons, il semblerait que le scepticisme et la défiance soient encore plus marqués pour la suivante. Les formes de révoltes ou de revendications apparaissent encore plus désespérées dans la mesure où les cris de colère n’ont jamais été entendus par le passé et, contrairement pour le métallo et l’ouvrier des périodes passées, il n’y a plus de dynamiques politiques similaires au mouvement ouvrier d’antan pour réguler la situation et porter des projets collectifs de combats politiques d’émancipations économiques et sociales.

 

Bibliographietop


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Notestop


 1. Nous mettrons de côté ici les rapports conflictuels avec la police qui ont fait l’objet de nombreuses publications. Nous nous intéressons plus précisément dans ce texte à la « main gauche » de l’État.

2. L’Aube Sociale du 25 août 1931, p. 3.

3.  L’Aube Sociale du 15 septembre 1931, p. 3.

4. L’Aube Sociale du 17 février 1932, p. 2.

5. Banlieue Ouest du 18 juillet 1934, p. 3.

6. Banlieue Ouest du 11 juillet 1932, p. 2.

7. Même si la mémoire commence à faire défaut.

8. L’Aube Sociale du 25 août 1929, p. 2.

9.  L’Aube Sociale du 21 septembre 1930, p. 3.

10. L’Aube Sociale du 15 février 1931, p. 3.

11. Banlieue Ouest du 18 juillet 1928, p. 3.

12. L’Aube Sociale du 21 juin 1927, p. 2.

13. L’Aube Sociale du 2 juillet 1930, p. 3.

14. Banlieue Ouest du 5 juin 1924, p. 2.

15. Banlieue Ouest du 26 décembre 1926, p. 2.

16. L’Aube Sociale du 22 octobre 1934, p. 2

17. Banlieue Ouest du 22 octobre 1934, p. 3.

18. Voir Edgar Morin par exemple avec les « yé yé » et Salut les copains ! (Morin, 1984).

19. Certaines personnes arrivant des pays du Maghreb en contact avec le président de la mosquée ont obtenu très rapidement des papiers français.

20. En l’occurrence, nous pourrions parler ici des classes moyennes au niveau des territoires des quartiers prioritaires des politiques de la bille, car celles-ci occupent depuis les années 1980 les postes stratégiques d’élus locaux, de cadres des collectivités territoriales ou municipales ou encore des postes de responsables associatifs.

 

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Référence électronique

Éric Marlière, "Jeunes métallos/jeunes des « cités » et les institutions d’encadrement dans l’histoire sociale des quartiers populaires urbains : rétrospective sur les métamorphoses d’un conflit permanent", Sciences et actions sociales [en ligne], N°16 | année 2021, mis en ligne le 23 novembre 2021, consulté le 29 novembre 2021, URL : https://www.sas-revue.org/88-n-16/dossier-n-16/224-jeunes-metallos-jeunes-des-cites-et-les-institutions-d-encadrement-dans-l-histoire-sociale-des-quartiers-populaires-urbains-retrospective-sur-les-metamorphoses-d-un-conflit-permanent

 

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Éric Marlière
maître de conférences HDR à l’université de Lille et chercheur au CeRIES – Centre de Recherche « Individu, Epreuves, Société » - LR 3587
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